Disparition d'Yves-Marie Bercé (1936-2026)

Ancien membre de l’École française de Rome (1959-1961)

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris la disparition, advenue le 30 juin 2026, d’Yves-Marie Bercé, ancien membre de l’École française de Rome de 1959 à 1961.

Né à Mesterrieux (Gironde) le 30 août 1936, il était entré à l’École des chartes en 1954 où il prépara une thèse consacrée aux soulèvements populaires dans le Sud-Ouest de la France sous le règne de Louis XIII. Elle lui valut le prix Auguste-Molinier qui distingue la meilleure thèse d’une promotion et donc, à cette époque, de rejoindre le palais Farnèse en septembre 1959 où il resta deux ans avant d’effectuer son service militaire en Algérie. Revenu à la vie civile, il entra en 1963 comme conservateur au service des Renseignements aux Archives nationales où, durant douze ans, il fut le guide sûr de nombreux chercheurs débutants ou confirmés, comme Maurice Agulhon, Richard Bonney, Michel Foucault ou Steven Kaplan. Il soutint en 1972 sa thèse d’État préparée sous la direction de Roland Mousnier. Un an après sa publication (Histoire des Croquants. Étude  des soulèvements populaires au XVIIe siècle dans le Sud-Ouest de la France, 1974), elle lui ouvrit les portes de l’université où il fut professeur d’histoire moderne, d’abord à Limoges (1975-1979), à Reims (1979-1989) et enfin en Sorbonne à l’université Paris IV (1989-2002). Il acheva sa carrière comme directeur de l’École nationale des chartes de 1993 à 2001.

Son séjour romain durant lequel il occupa, comme il aimait à le rappeler, la chambre d’angle du palais au deuxième étage qui dominait la terrasse des Brigittines voisines, s’inscrivit d’abord dans la suite de ses précédents travaux sur les révoltes modernes. Il choisit pour sujet de son article de première année une révolte frumentaire qui avait eu lieu en 1648 à Fermo, dans les Marches, où un vice-gouverneur avait laissé la vie. Cette première longue étude, publiée dans deux livraisons des Mélanges, demeurait assez solide un demi-siècle plus tard pour être traduite en italien (La Sommossa di Fermo del 1648, Fermo, Andrea Livi, 2007). Y.-M. Bercé ne devait plus quitter son laboratoire des Marches, ainsi qu’en témoigne son livre consacré en 2014 à Lorette aux XVIe et XVIIe siècles. Histoire du plus grand pèlerinage des Temps modernes.

Mais dès son époque farnésienne, il avait étendu ses curiosités à l’ensemble de l’État ecclésiastique, en particulier dans son mémoire de deuxième année consacré aux « Aspects sociaux et démographique de l’État pontifical au XVIIe siècle ». Il reste de cet inédit une image rémanente dans le manuel pour la préparation du concours de l’agrégation d’histoire qu’il donna avec trois autres Farnésiens (L’Italie au XVIIe siècle, 1989) et, dans un registre singulier, à travers un roman apocryphe écrit d’une plume magnifique (César de Barberaste. Vraies chroniques romaines, 2017).

Après une suite de publications conçues dans le prolongement de sa thèse d’État, où il élargit sans cesse son analyse des révoltes populaires de l’époque moderne (Fête et révolte. Des mentalités populaires du XVIe au XVIIIe siècle, 1976 ; Révoltes et révolutions dans l’Europe moderne, XVIe-XVIIe siècles, 1980), il revint sans cesse à l’Italie avec le souci d’explorer de nouveaux pans des comportements sociaux des populations de l’âge moderne. Avec Le chaudron et la lancette. Croyances populaires et médecine préventive (1798-1830) (1984), dédié aux débuts de la vaccination antivariolique en Italie, il déplaça sa curiosité à l’ensemble de la péninsule jusqu’au début du XIXe siècle. Son grand livre, Le Roi caché. Sauveurs et imposteurs : mythes politiques populaires dans l'Europe moderne (1990) prenait également appui sur de nombreux exemples puisés en Italie même, où il suivait par exemple les faux Sébastien de Venise aux Pouilles. Dans Esprits et démons. Histoire des phénomènes d’hystérie collective (2018), il décrivait les crises de possession observées du lac de Côme au Frioul ainsi que le tarentisme sicilien, qui lui faisait croiser des thèmes qui lui étaient chers, de la fête à la maladie en passant par la jeunesse.

Il conserva pour l’École française de Rome une grande fidélité. Il y avait organisé en 1993 et 2003 deux grands colloques internationaux qui ont marqué l’historiographie, l’un portant sur les complots et conjurations (1996) et l’autre sur les procès politiques (2007). Depuis 1986, et surtout après son élection en 2007 comme membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (dont il était correspondant depuis 2001), il participa continûment à ses différents conseils ou aux commissions de recrutement de ses membres. Tout récemment, en septembre 2025, il avait tenu à participer aux festivités marquant les cent cinquante ans d’une École à laquelle il devait l’inspiration scientifique de toute une vie d’historien et à laquelle il a beaucoup rendu.

 

Nous présentons nos plus sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à ses collègues.


Photographie : Yves-Marie Bercé au sein de la promotion 1960-1961 (archives de l'École française de Rome) 

Categories Anciens membres L'EFR Presse
Published on 07/03/2026 - Last update on 07/06/2026
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