Philippe Levillain (1940-2021)

Philippe Levillain, École française de Rome, 1982

Catégorie : Les personnes Presse

C’est avec une immense tristesse et une profonde émotion que nous avons appris la disparition de Philippe Levillain survenue le 4 octobre 2021. 

Ancien élève de l’École Normale supérieure, il avait étudié à l’Université de Harvard avant de s’engager, sous la direction de René Rémond, dans une thèse de doctorat de 3e cycle portant sur le fonctionnement interne du concile Vatican II qui avait réuni les évêques catholiques à Rome entre 1962 et 1965. Cette histoire immédiate, à la croisée du politique et du religieux, donna lieu, chez Beauchesne en 1975, à une publication au titre évocateur, La mécanique politique de Vatican II : la majorité et l'unanimité dans un concile. Si sa thèse d’État, soutenue en 1979, le ramène vers des horizons plus classiques (une biographie d’Albert de Mun, homme politique actif sur le terrain social, parue sous le titre Albert de Mun : catholicisme français et catholicisme romain, du "Syllabus" au ralliement, BEFAR n° 247, 1983), Philippe Levillain poursuit le dialogue avec la sociologie des organisations en codirigeant en 1986 avec Catherine Grémion un ouvrage sur les évêques, analysés comme une charnière entre les pouvoirs politiques et religieux (Les Lieutenants de Dieu : les évêques de France et la République, Fayard, 1986). Son nom restera en outre attaché au Dictionnaire historique de la papauté (Fayard, 1994, réédité en 2003, traduit en italien dès 1996, en anglais en 2002), dont il fut le maître d’œuvre.

Spécialiste renommé de l'histoire du catholicisme et de la papauté, attentif au dialogue avec la société contemporaine, il avait commencé sa carrière à l’université de Paris X-Nanterre en 1967 (assistant, puis maître-assistant), avant d’exercer comme professeur à l’Université de Lille III (1982-1986) et à nouveau à Paris X-Nanterre. De 1982 à 2014, il avait participé à la production de l’émission les Lundis de l’histoire sur France-Culture. Plus récemment, il avait également publié plusieurs essais destinés à un large public, notamment Benoît XVI, le moment (Fayard, 2008).

Membre de l’Institut universitaire de France (1998-2008) et du Comité pontifical des sciences historiques (2003-2012), il était membre de l’Académie des sciences morales et politiques depuis 2011.

Directeur des études pour les époques moderne et contemporaine à l’École française de Rome de 1977 à 1982, il était resté profondément attaché à la ville de Rome et à l’École tout au long de sa carrière. Il y avait publié, outre son étude sur Albert de Mun, plusieurs travaux collectifs (Le pontificat de Léon XIII : renaissances du Saint-Siège ?, 2006, avec Jean-Marc Ticchi ; "Rome, l'unique objet de mon ressentiment" : regards critiques sur la papauté, 2011). Il siégeait dans son conseil d’administration, où il représentait le Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques depuis 2014, et témoignait constamment d’une attention bienveillante et dévouée envers l’École.

À son épouse et à ses enfants, à ses élèves et à ses collègues, à ses proches, nous adressons nos condoléances les plus sincères.

 

Photographie : Philippe Levillain, École française de Rome, 1982

p
a
r
t
a
g
e
r