Normes et exceptions à la norme dans le monde catholique (Moyen Âge – XXe siècle)

Appel à candidature
Périodes Moyen Âge, Époque moderne, Époque contemporaine
Date limite d'envoi des dossiers 22-11-26
Date de prise de fonction 31-05-27
Date limite de candidature : 22 novembre 2026

l'Atelier doctoral se tiendra à l'École Française de Rome, du 31 mai au 4 juin 2027.

 

L’institution catholique a longtemps été pensée comme un monde de la règle — règle monastique, règle canonique, règle de vie — dont la vocation serait d’ordonner, d’uniformiser et de discipliner. Cette image d’une normativité catholique cohérente et surplombante a pourtant été profondément remise en question par les travaux récents en histoire religieuse, en histoire sociale et en histoire du droit. Loin d’être monolithique, la norme dans le monde catholique s’avère traversée de tensions, d’ambiguïtés et de plurivocités qui font de l’exception non pas une anomalie, mais un opérateur structurel de l’institution elle-même. Telle est du moins l’hypothèse de travail centrale que le programme de recherches DispRel souhaite mettre à l’épreuve. C’est donc à l’exploration de la dialectique entre norme et exception que cette école de printemps entend consacrer ses travaux, en réunissant historien∙nes, historien∙nes du droit et canonistes autour d’une question commune : comment l’Église catholique romaine a-t-elle produit, appliqué, flexibilisé, contourné et théorisé les dérogations à ses propres normes, du Moyen Âge au XXe siècle ? Le choix de la longue durée permettra de faire ressortir les mutations de la normativité catholique, tout en éclairant les transformations du catholicisme au sens large et de sa place dans les sociétés modernes.

 

Une histoire pragmatique des normativités

Les recherches les plus récentes ont déplacé le regard vers les pratiques, les usages et les négociations concrètes qui constituent le véritable régime de vie de la norme. Il ne s’agit plus seulement de décrire ce que la règle dit, mais de saisir ce qu’elle fait — et ce qu’on lui fait. Cette orientation pragmatique invite à prendre au sérieux les écarts, les accommodements et les autorisations d’exception qui ponctuent l’histoire institutionnelle de l’Église, sans les traiter comme des dysfonctionnements, mais comme des révélateurs des logiques profondes de l’institution.

La dispense, la dérogation, l’épikéia, le privilège, la coutume contraire au droit, la dialectique entre la théorie et le cas : autant de dispositifs qui révèlent que la norme catholique n’a historiquement jamais prétendu à une application mécanique, mais s’est toujours pensée en relation avec les conditions singulières de son effectuation. L’exception n’est pas l’envers de la norme ; elle en est, souvent, une modalité ordinaire d’existence. Saisir cette dialectique suppose de travailler à la fois au ras des pratiques administratives, judiciaires et pastorales, et dans leur rapport à des théorisations elles-mêmes plurielles — celles des théologiens, des canonistes, des casuistes — qui n’ont jamais offert de réponse univoque aux questions que l’institution se posait et qui traduisent à la fois des déplacements de pratiques et de formalité de la norme.

 

Cette école d’été est portée par le programme ANR DispRel (ANR-24-CE27-1721), consacré aux dispenses et à leur rôle dans la régulation de la norme dans l’Europe catholique moderne. DispRel constituera ainsi le cadre scientifique et organisationnel de cette initiative, dont l’objectif est de contribuer à la formation des jeunes chercheurs travaillant sur les normativités catholiques et de favoriser la création de liens scientifiques interpersonnels au niveau international.

Elle s’inscrit plus largement dans un environnement scientifique particulièrement actif autour de l’administration de la grâce et de la justice par le gouvernement et la bureaucratie pontificales. Plusieurs programmes récents convergent pour montrer que l’exception est un régulateur central de l’ordre catholique, dont l’étude suppose à la fois une maîtrise fine des sources et une sensibilité aux pratiques administratives et aux cultures institutionnelles.

 

Rome et l’École Française : un cadre exceptionnel

Tenir cette école d’été à Rome, à l’École Française de Rome, n’est pas un choix anodin. Rome est le lieu où se sont produites, centralisées et archivées une part décisive des normes catholiques — des grandes codifications pontificales aux décisions des dicastères romains, des archives de la Pénitencerie apostolique aux fonds de la Daterie, de la Chancellerie et du tribunal de la Rote romaine. C’est aussi le lieu où, pendant des siècles, clercs, évêques, religieux et fidèles ont afflué pour obtenir dispenses, grâces et dérogations, faisant de la curie romaine le cœur d’un système mondial de gestion de l’exception.

La présence à Rome permettra aux doctorants et doctorantes de nouer un rapport direct avec ces sources et ces institutions. Des séances de travail aux archives et des visites d’institutions archivistiques romaines — Archives apostoliques du Vatican, archives des grands ordres religieux, fonds de la Rote romaine— seront intégrées au programme, afin d’ancrer la réflexion théorique dans la fréquentation concrète des archives de la norme.

Grand établissement de recherche, membre du Réseau des Ecoles françaises à l’étranger, l’École Française de Rome, par son positionnement scientifique et ses partenariats institutionnels, offre un cadre idéal pour une formation qui entend croiser les traditions historiographiques nationales et les approches disciplinaires — histoire, droit canon, histoire du droit, théologie — dans un dialogue exigeant et ouvert.

 

Axes thématiques

L’école d’été articulera ses travaux autour de trois axes complémentaires :

  • 1. La fabrique de la norme — Comment se produisent et se hiérarchisent les normes dans l’espace catholique ? Quelles sont les instances de normativité (conciles, papes, évêques, ordres religieux, tribunaux) et comment interagissent-elles dans la longue durée ? Qu’est-ce que codifier, légiférer, interpréter en contexte catholique ?
  • 2. L’exception comme régime ordinaire — Dispenses, privilèges, dérogations, coutumes contraires : quels sont les instruments de la normativité dérogatoire et comment fonctionnent-ils concrètement ? Comment les acteurs — clercs, fidèles, administrateurs — mobilisent-ils, négocient-ils ou contournent-ils la règle ? Quelle place occupent les théorisations de l’épikéia et de l’équité canonique dans cette culture de l’exception ?
  • 3. Normes, temps et transformations — Comment les normes catholiques évoluent-elles sur le long terme ? Quel rôle jouent les ruptures — réforme grégorienne, concile de Trente, codification de 1917, Vatican II — dans la reconfiguration des rapports entre règle et exception ? Comment penser la plurivocité et les tensions internes aux corpus normatifs eux-mêmes, entre théologie morale, droit canon et pratiques pastorales ?

 

DOSSIER DE CANDIDATURE

Les candidats doivent envoyer en format PDF les pièces suivantes :

1. Champ « lettre de motivation » (un seul pdf) :

  • une lettre de motivation ;
  • un résumé du projet (2 pages, 6000 caractères environ) ;
  • une lettre de soutien.

2. Champ « CV » (un seul pdf) :

  • un bref curriculum vitae détaillant les compétences linguistiques et les publications éventuelles.

 

ENVOI DU DOSSIER DE CANDIDATURE

Les dossiers de candidature devront être déposés avant le 2 novembre 2026 16 heures (heure de Rome) sur la plateforme : https://candidatures.efrome.it/atelier_doctoral_normes_et_exceptions

Les doctorants candidats seront sélectionnés sur la base de leur projet. Les lauréats seront informés de la décision du comité au plus tard le 21 décembre 2026. Ils devront ensuite fournir avant le 10 mai 2027 :

  • le texte de leur présentation : environ 10 pages, dans l’une des langues suivantes : italien, français, anglais ;
  • un résumé d’au moins 3 pages en italien, anglais ou français.

Les projets seront commentés par un expert avant la discussion générale. Les meilleurs travaux pourront être proposés à la rédaction de la revue de l’École, les Mélanges de l’École française de Rome. Les candidats retenus s’engagent à suivre l’ensemble des séances avec assiduité du 31 mai au 4 juin 2027. Le comité scientifique se réserve le droit d’accueillir des auditeurs libres, intéressés par le séminaire, qui prendront en charge les frais de leur séjour.

 

Comité scientifique

  • Véronique Beaulande-Barraud (Université de Lorraine)
  • Louis-Léon Christians (Université catholique de Louvain)
  • Carlo Fantappiè (Università Roma Tre)
  • Arnaud Fossier (Université Bourgogne Europe)
  • Jean-Pascal Gay (Université catholique de Louvain)
  • Aïcha Limbada (Université d’Artois)
  • Isabelle Poutrin (Université de Reims Champagne-Ardenne)
Catégorie Appels à candidatures
Publié le 20/10/2026 - Dernière mise à jour le 20/10/2026
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