Jeux lombards : alliances, parenté et politique en Italie méridionale du la fin du VIIIe siècle à la conquête normande, par Aurélie Thomas

Héritière de l’ancien duché lombard de Bénévent, la Lombardie mineure forme, entre les IXe et XIe siècles, un espace original, caractérisé d’une part par son éclatement politique en trois principautés distinctes et rivales, Bénévent, Capoue et Salerne, d’autre part par l’étroitesse des liens de parenté qui unissent les dynasties régnantes à leur tête. Elle fut le lieu d’émergence de deux modèles de pouvoir, reposant sur des structures de parenté radicalement différentes, dont l’organisation et le fonctionnement ont contribué à façonner le visage contrasté et à structurer politiquement l’espace. Le modèle politique adopté à Salerne repose sur une structure familiale dynastique privilégiant la descendance mâle directe, au détriment des cadets et alliés du lignage, systématiquement exclus du pouvoir. À l’inverse, Capoue et Bénévent ont observé un modèle de pouvoir fondamentalement égalitaire, où l’ensemble large des cousins et cognati, partagent un même droit de régner et peuvent prétendre au principat. En fonction du système dans lequel il évolue – ce peut être parfois dans les deux – chaque acteur du jeu politique lombard dispose d’une main donnée, forte de plus ou moins d’atouts, qu’il joue ensuite en fonction des opportunités et des événements, choisissant telle union plutôt que telle autre, mobilisant une alliance ou un réseau de parenté de préférence à un autre. L’arrivée du nouvel acteur normand dans le jeu familio-politique lombard, à partir du début du XIe siècle, vient profondément remettre en cause les deux modèles qui structurent cet espace, provoquant d’une part la disparition du modèle égalitaire capouano-bénéventain et d’autre part la mutation du modèle salernitain. La survie de la dernière lignée princière salernitaine à l’époque normande, par le biais des femmes marque alors le passage d’un modèle de pouvoir à un autre, celui de l’époque lombarde à celui des royaumes normands du Sud.

- Aurélie Thomas, archiviste-paléographe et docteur en histoire, travaille actuellement à l’université en tant que conservateur des bibliothèques.

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