« Comme des anges sur terre » : les moniales dominicaines et les débuts de la Réforme observante, par Sylvie Duval

Les sociétés européennes de la fin du XIVe siècle et du début du XVe siècle sont marquées par de profondes transformations sociales et culturelles, mais aussi religieuses : une grande vague de réforme traverse alors tous les ordres réguliers. Les tenants de ce que l’on va bientôt appeler « l’Observance » prônent un respect plus rigoureux de la règle tout en s’engageant dans la pastorale des laïcs, à une époque où les crises se succèdent au sein de l’Eglise séculière. Les religieuses prennent une part active à ce mouvement. Les moniales dominicaines, inspirées notamment par l’enseignement de Catherine de Sienne, commencent leur réforme dès 1385. Celle-ci se traduit par une réaffirmation de leur rôle contemplatif au sein de l’Ordre des Prêcheurs et, surtout, par l’élaboration de normes très sévères concernant la clôture, perçue comme la manifestation visible de leur consécration totale à Dieu. L’exemple des moniales dominicaines permet une double réflexion sur l’Observance. Tout d’abord, l’examen du statut complexe des moniales au sein de l’ordre dominicain conduit à s’interroger sur la « nature » de ce mouvement de réforme, dont les objectifs ne peuvent être résumés à la simple volonté d’un « retour » à la règle. La stricte clôture et le renouveau de « la règle » doivent en fait être compris comme un appel plus général à la revalorisation de l’obéissance, vertu proprement monastique qui acquiert alors une véritable valeur sociale. De fait, l’Observance ne peut être comprise en-dehors du contexte social dans laquelle elle s’insère. Grâce à l’étude détaillée de la composition deux communautés de moniales observantes dominicaines italiennes, c’est ensuite l’enracinement profond du mouvement de l’Observance au sein d’une société dont il épouse et dicte à la fois les nouvelles normes comportementales qui est mis en valeur.

- Docteure en histoire, ancienne élève de l’École normale supérieure de Lyon et ancien membre de l’École française de Rome, Sylvie Duval continue actuellement ses recherches sur la société italienne médiévale à la faveur d’un détachement du CNRS auprès de l’École française de Rome.

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