Genèse du droit administratif médiéval et moderne (B) : Origines, structures et fonctions des cartulaires italiens (XIe-XIIIe siècle)


Axe 4. Le laboratoire politique et social italien

Responsables :

Jean-Marie Martin (CNRS, Orient et Méditerranée - UMR 8167), Cristina Carbonetti-Vendittelli (Roma 2-Tor Vergata).

Il n'existe pas pour l'Italie de répertoire des cartulaires semblable à celui d’Henri Stein pour la France. L'Italie a pourtant produit, à la fin du XIe et surtout au XIIe siècle, dans ses régions centro-méridionales, les imposants cartulaires-chroniques (ou ensembles de cartulaires et de chroniques) compilés à Farfa, à S. Sofia de Bénévent, au Mont-Cassin, à S. Vincenzo al Volturno, à S. Clemente a Casauria, à S. Benedetto di Carpineto. A côté des constructions complexes, il existe une quantité de simples cartulaires (tel celui de S. Maria del Gualdo), qui ne se distinguent de la production française que parce qu'ils contiennent presque exclusivement des copies d'actes notariés ; on peut d'ailleurs se demander si l’existence précoce d'un notariat en Italie a eu une influence (et laquelle) sur la compilation des cartulaires. La compilation de séries d'actes n'est d'ailleurs pas strictement limitée à la période prise en compte. On peut certes remonter difficilement au-delà de la seconde moitié du Xe siècle, époque à laquelle a été compilé (entre 966 et 983) le « Codice bavaro », cartulaire de la cathédrale de Ravenne, écrit sur papyrus : il ne semble pas que l'époque carolingienne ait utilisé de telles copies. En revanche, le rassemblement de copies d'actes s'est poursuivi bien après le XIIIe siècle : ainsi, à la fin du Moyen Âge et au début du XVIe siècle fut compilé l'« Antico inventario » du monastère des SS. Severino e Sossio de Naples ; de la même période et des siècles suivants datent de nombreux « Libri rossi », concernant souvent une ville et non un établissement religieux particulier : ainsi le Liber rubeus de Faenza (XVIIIe siècle) ; également au XVIIIe siècle, l'archevêque Annibale De Leo rassemblait les copies des documents de sa cathédrale (aujourd'hui en majeure partie perdue) et deux entreprises semblables étaient menées au Mont-Cassin. Mais plus on avance dans le temps, plus la finalité de la compilation change, passant d'un but pratique — conserver la mémoire des biens — à une vision purement historique : ce ne sont plus des cartulaires à proprement parler ; c'est pourquoi on compte choisir pour terme le XIIIe siècle.

Une place à part doit être réservée aux « condaghi » sardes, qui ne sont pas sans parenté avec les cartulaires, mais sont établis dans un cadre juridique et documentaire radicalement différent de celui de l'Italie continentale. On s'efforcera d'établir une chronologie plus précise de la compilation des véritables cartulaires, presque tous établis au sein d'une institution monastique, dans le but de sauvegarder et d'administrer son temporel ; presque tous se présentent comme des volumes, mais un au moins, le cartulaire grec de la cathédrale d'Oppido en Calabre, est un rouleau. La presque totalité est axée sur la propriété foncière (et sur les droits et privilèges) ; mais on sait que le Liber largitorius de Grégoire de Catino est un cartulaire des concessions de Farfa. On tiendra compte également de quelques faux cartulaires, ceux notamment dont Pierre Diacre s'est fait une spécialité dans la première moitié du XIIe siècle (Registrum sancti Placidi, Epitome chronicorum Casinensium). Sur ces bases, on pourra établir une grille typologique dans laquelle on placera les diverses unités, qu'on s'efforcera de dater (quand ce n'est pas encore fait). ILe temps est donc venu de tenter une synthèse sur le sujet, c'est-à-dire d'une part de repérer les cartulaires italiens et d'en faire un catalogue avec une bibliographie, d'autre part d'en proposer une étude qui tienne compte de la géographie, de la chronologie et, surtout, de la typologie.

  • Le premier but de la recherche est de répertorier les cartulaires. On commencera par le dépouillement exhaustif des dix volumes de l'Italia pontificia et des six volumes des Papsturkunden in Italien de Paul Kehr. Ils ne prennent en compte que les actes pontificaux antérieurs à 1198 ; mais l'auteur a mené des dépouillements d'archives pratiquement exhaustifs, qui citent les actes du XIIe siècle copiés plus tard (c'est dans l'Italia pontificia que j'avais appris l'existence du cartulaire de S. Maria del Gualdo, alors inédit et pratiquement inconnu). On se reportera encore aux notes fournies par Norbert Kamp dans ses volumes sur Kirche und Monarchie. Mais il faudra aussi prendre contact avec des historiens et archivistes des diverses régions italiennes.
  • Ce répertoire fera l'objet d'une étude géographique : y a-t-il des régions sans cartulaire (comme, a priori, la Sicile) et pourquoi ? L'étude chronologique comprendra, a priori, deux aspects : d'une part, l'étude des temps forts — sans doute le XIe et surtout le XIIe siècle, avec des nuances régionales probablement sérieuses ; d'autre part une étude fine liée à l'histoire de chaque établissement. Si, en effet, la protection des biens et des droits est le but commun des cartulaires de l'époque considérée, chacun a été compilé dans des circonstances particulières, à un moment précis de la vie du monastère. D'une façon générale, si la réforme de l'Église romaine aux XIe et XIIe siècles a poussé à s'en occuper, des préoccupations purement locales sont également intervenues : à S. Sofia, on a montré que c'était le refus de retourner sous la coupe du Mont-Cassin, alors particulièrement avide de récupérations, qui était à l'origine à la fois d'un protocartulaire et du liber preceptorum conservé ; au Volturne et à Casauria, c'est la nostalgie d'un niveau de richesse et de puissance perdu qui a dû pousser à rassembler par écrit des souvenirs plus glorieux. Généralement, la décision initiale revient à un personnage — abbé ou non — qui parfois se laisse reconnaître.
  • Au total, la recherche devra aboutir d'une part à l'établissement d'un catalogue incluant, pour chaque cartulaire, une notice sur les conditions de sa compilation et ses caractéristiques principales; d'autre part à une étude globale, chronologique, géographique et typologique, de ces œuvres, jointe au catalogue.


Partenaires


  • Roma 2-Tor Vergata (Cristina Carbonetti-Vendittelli)
  • Université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines (Pierre Chastang)
  • Université de Milan (Rinaldo Comba)
  • Université de Paris-I (Laurent Feller)

Opérations prévues

Une réunion annuelle, peut-être parfois deux, et quelques éventuelles missions dans des archives italiennes ; publications d’articles dans des périodiques (par exemple les MEFRM).

Résultat attendu

Un ouvrage de synthèse

Participation EFR


Support logistique ; éditeur

Rencontres scientifiques de l'EFR

Le détail des rencontres est mis en ligne sur le site quinze jours avant (rubrique Événements).

Contacts :

Section Antiquité : Giulia Cirenei secrant(at)efrome.it

Section Moyen Âge : Grazia Perrino secrma(at)efrome.it

Section Époques moderne et contemporaine : Claire Challéat secrmod(at)efrome.it

 

 

Prochaines manifestations

 

Seminario Italia contemporanea ottobre-dicembre 2017 / Modern Italy Seminar october-december 2017

 

 

 

 

 

Journées d’étude, Musée du Louvre-Lens, 14 et 15 décembre 2017

 

 

 

Seminario Internazionale di Studi - Salerno

 

 

Circolo Medievistico Romano, 12 dicembre 2017

Le 12/12/2017 à École française de Rome (Piazza Navona 62), salle de séminaire

 

San Marco, Venezia, Reichenau: passaggi di persone, culti e reliquie tra i due lati delle Alpi nel X secolo

 

 

 

Exposition - Museo del territorio di Foggia

 

 

 

Le nouveau rapport d'activité de l'École française de Rome est ligne. Exceptionnellement, il couvre une période de dix-huit mois entre juillet 2015 et...

 

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