Entre local et universel : atlas des dévotions en Europe (XVIe-XVIIIe siècle)

Calendrier : De 2012 à 2016
Coordination : Jean-Marie Le Gall (Université de Paris 1- Panthéon-Sorbonne)
Axe 3. Modèles romains

Présentation

Le projet constitue à la fois un prolongement et un renouvellement des questionnements de l'enquête du précédent Contrat quadriennal sur les usages dévotionnels, cultuels, culturels et politiques que l’âge moderne a pu faire des vieux saints. Ces recherches ont conduit à poser la question du rapport entre le local et l’universel et à s’interroger sur l’espace-temps mental que construisit ce recours massif aux vieux saints. L’enquête avait abordé les diverses manifestations qui témoignent de la vitalité de leur culte : invention et translation de reliques, écriture et réécriture hagiographiques, échanges de reliques, élection de vieux saints comme patron de villes, création de confréries, demandes d’indulgences, productions théâtrales voire d’opéras.

L’enquête a aussi montré les enjeux de cette valorisation ; au-delà de la protection attendue et du modèle qu’ils constituent pour telle ou telle vertu, les saints originels, leur culte et leur vie répondent à plusieurs finalités spécifiques. Dans la controverse avec les protestants, ils illustrent la continuité apostolique, l’ancrage de la vérité de la sainte église catholique dans les tempora priora et le temps des martyrs.

Mais ils peuvent aussi auréoler de leur antique prestige une ville, une province, un royaume voire une famille aristocratique ou une dynastie. Parés du mystère des origines, ils participent ainsi à la construction d’identités, civique ou lignagère, tout permettant l'édification du socle d'un catholicisme fortement lié à la papauté.

Ce vénérable sanctoral se compose à la fois des saints enracinés dans les histoires diocésaines mais aussi des vieux saints romains dont le culte trouve une nouvelle vigueur avec les extractions des catacombes. La spécificité et la force des saints locaux découlent de ce que leur reconnaissance échappe aux procédures bureaucratiques tardomédiévale et moderne qui réservent à Rome le monopole de la promotion sur les autels. Ils sont une production locale, non fabriquée par l’institution centrale de l’église mais reconnue par elle. La stimulation des dévotions locales travaille aussi l’espace romain où l’on fouille les catacombes avec le souci d’en diffuser les restes dans l’ensemble de la chrétienté en s’efforçant de faire le tri, grâce à l’érudition, entre ces vieux saints parfois incertains.

L’enquête conduite par le CARE sur les reliques a mis aussi au jour d’autres foyers de diffusion, comme Cologne et fait aussi apparaître le désir des princes de capitaliser des reliques dans leur capitale et leur États, comme pour avoir Rome à domicile. Plus surprenant encore, il est avéré que les États princiers tiennent aussi à exporter vers Rome des fragments ou des copies de leurs plus insignes reliques, comme le saint suaire de Turin. Voilà qui vient compliquer un schéma centre/périphérie qui opposerait un centre vers lequel remontent procédures de canonisation des saints et d’où partent reliques vénérables. Est ainsi ouvert un chantier sur ce qui se construit dans ce mercato des échanges et des dévotions autour des vieux saints. Faut-il y voir une romanisation ou une résistance à la romanisation ? Faut-il y voir un processus de confessionnalisation associant d’une part un désir d’universalisation des dévotions locales et d’autre part une localisation du sanctoral universel dans un territoire donnée ? Faut-il y voir par delà les notions de romanité, de confessionnalisation, l’expression d’un idéal de chrétienté qui trouverait dans l’Antiquité et des origines partagées des figures plus acceptables que celles promues par la papauté à l’âge moderne, souvent des religieux issus d’Espagne ou d’Italie ? Aussi nous semble-t-il nécessaire d’interroger désormais cette idée de chrétienté en reprenant non seulement les sources diplomatiques mais en s’ouvrant à la longue durée afin de ne pas faire de la chrétienté moderne une simple nostalgie d’un temps révolu, celui des croisades. Non pas qu’Alphonse Dupront ait ignoré comment cet idéal pouvait encore sourdre dans la vie des hommes de l’âge moderne, mais il est largement tributaire d’un médiévalisme chrétien forgée lors de la crise moderniste. En outre, dans ses recherches sur l’idée moderne de chrétienté, et malgré son empathie avec l’anthropologie, Alphonse Dupront a cependant privilégié les approches par le haut, celles des controversistes ou des justifications diplomatiques. Or la recherche sur les mutations de sensibilités religieuses dont rendent compte les dévotions a récemment fait l’objet de travaux pionniers, tels ceux de Louis Châtellier en France ou de Mario Rosa en Italie. Mais son réel développement suppose de disposer d’une source proposant une mesure globale des équilibres et des tendances générales avant d’engager les travaux fins que peuvent permettre des sources telles que la littérature dévotionnelle.

La source que nous entendons exploiter pour cette évaluation d’ensemble est sans doute celle vers laquelle le groupe qui travaillait naguère sur les confréries du Sud-Est de la France a commencé à se tourner lorsqu’il a voulu approfondir la question des typologies : le fonds des Brevi d’indulgenze perpetue du Secrétariat des Brefs aux archives du Vatican. Cette série documentaire se présente sous la forme d’imposants registres formant une série continue chronologiquement entre 1641 et 1860. Y sont transcrits, sous forme abrégée et selon un classement exclusivement chronologique, les brefs d’indulgences adressés aux confréries qui en ont fait la demande. Du milieu du XVIIe siècle à la fin du XVIIIe siècle, le nombre de brefs contenus dans ces registres est sans doute de l’ordre de 40 000 environ, ce qui – sans représenter évidemment la totalité des confréries de la catholicité – en fournit un échantillon suffisant pour dégager les tendances dominantes. L’intérêt de ces documents est accentué par le fait que, comme l’ont confirmé des études de cas notamment de Marie Hélène Froeschlé Chopard, les confréries qui s’adressent à Rome sont ordinairement celles qui viennent d’être érigées ou restaurées, ce qui signifie que leur titulature, donnée dans le texte du bref, porte témoignage des nouveautés en matière dévotionnelle. La place occupée par la quête d’indulgences dans le catholicisme moderne invite, pour sa part, à considérer qu’il n’est pas de dévotion importante qui échappe à la structuration en confréries et à la requête adressée à Rome. La structure de chacun des brefs, dont la formule n’excède pas six à huit lignes, est toujours identique et offre une grande richesse d’informations (titre de la confrérie, patronage, localisation de son siège, diocèse, date de l’indulgence plénière annuelle et des autres indulgences accordées, date du bref).

Il est ainsi possible de compter par périodes les divers types de confréries, de mesurer le rôle des principaux ordres religieux dans la diffusion des dévotions nouvelles ou la réactivation de vénérables cultes, de mettre en relation les titres des confréries et les dates des fêtes qu’elles célèbrent particulièrement, de croiser l’ensemble de ces informations avec les données géographiques. Une hagio-géographie pourrait être dressée. La production de cette base ne correspond pas, en effet, à une fin en soi ; elle est conçue comme la mise au point d’un outil de travail qui doit permettre au groupe qui la réalise, mais aussi à d’autres chercheurs, de s’appuyer sur les acquis de cette collecte pour améliorer leurs questionnements sur l’histoire des formes de la piété et, à partir de là, utiliser les diverses ressources documentaires utilisées

dans ce genre de travaux. La base de données devrait apporter un concours utile pour trois directions de recherche principales :

  • les études par aires géographiques
  • les études concernant un type (ou un objet) de dévotion
  • les études centrées sur le rôle d’une famille religieuse

 

Partenaire :

  • Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Labex Hastec

 

Calendrier des opérations

 

Résultats attendus

  • Base de données.
  • Ouvrage de synthèse.

 

Participation de l’EFR

  • Encadrement du vacataire qui dépouillera les indulgences.
  • Hébergement de la base de données.

 

 

 

Rencontres scientifiques de l'EFR

Le détail des rencontres est mis en ligne sur le site quinze jours avant (rubrique Événements).

Contacts :

Section Antiquité : Giulia Cirenei secrant(at)efrome.it

Section Moyen Âge : Grazia Perrino secrma(at)efrome.it

Section Époques moderne et contemporaine : Claire Challéat secrmod(at)efrome.it

 

 

Prochaines manifestations

 

Presentazione di libro

 

 

 

Seminario Italia contemporanea ottobre-dicembre 2017 / Modern Italy Seminar october-december 2017

 

 

 

 

 

Journées d’étude, Musée du Louvre-Lens, 14 et 15 décembre 2017

 

 

 

Seminario Internazionale di Studi - Salerno

 

 

Circolo Medievistico Romano, 12 dicembre 2017

Le 12/12/2017 à École française de Rome (Piazza Navona 62), salle de séminaire

 

San Marco, Venezia, Reichenau: passaggi di persone, culti e reliquie tra i due lati delle Alpi nel X secolo

 

 

 

Exposition - Museo del territorio di Foggia

 

 

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