Spécificités et limites du pouvoir romain aux yeux des Anciens : Regards croisés entre Grecs, Romains, Juifs et chrétiens

Catégorie : L'EFR La recherche
Du 10/05/2017 au 12/05/2017
Colloque international

Ce colloque se donne pour but de réfléchir aux spécificités et aux limites du pouvoir romain dans la perspective des Anciens, qu’ils soient Grecs, Romains, Juifs, chrétiens ou encore issus d’autres groupes parmi les provinciaux, comme les Égyptiens.

Il s’agit de prendre en compte le pouvoir ou l’imperium romain au sens large, en incluant ses manifestations dès l’époque républicaine. La limite chronologique basse sera le Ve siècle, ce qui permettra de poser la question des continuités ou des discontinuités entre la perception du pouvoir romain “païen” et la perception du pouvoir romain chrétien. Pour la période impériale proprement dite, bien que l’empereur constitue la figure centrale du pouvoir romain, on ne se limitera pas à des études portant sur les représentations de l’empereur, de sa famille ou des membres de l’administration impériale. L’une des spécificités du pouvoir romain est peut-être justement la place accordée au populus romanus, même après l’instauration du principat, et l’on accordera donc une attention particulière aux caractéristiques prêtées aux Romains et à Rome comme entité abstraite ou comme divinité (Roma), dans les sources littéraires, épigraphiques, numismatiques, sur les monuments, etc.

Les spécificités du pouvoir romain peuvent être liées à une réflexion sur la supériorité de Rome vis-à-vis d’autres puissances impériales ou d’autres peuples. Ceux qui pensent que les Romains sont différents et supérieurs, ce sont bien sûr avant tout les Romains (même si le premier auteur qui affirme que le pouvoir de Rome est de nature différente est Polybe). Ainsi, on rencontre chez Tite-Live l’idée que les Romains ne dominent pas en transformant leurs sujets en esclaves, contrairement aux monarchies hellénistiques. On retrouve cette idée dans des sources grecques pro-romaines, comme chez Aelius Aristide, alors même que d’autres membres des élites romaines recourent explicitement à la rhétorique de l’esclavage pour décrire la relation entre Romains et provinciaux. 

Mais la perception de spécificités romaines peut aussi être liée à la critique de l’impérialisme romain. Dans l’Epitomè de l’œuvre de Trogue Pompée, on rencontre par exemple l’idée que les Romains sont semblables à des loups, en lien avec le mythe fondateur de Rome présentant Romulus et Remus comme ayant sucé les mamelles d’une louve.

Spécificités et limites du pouvoir romain sont parfois étroitement associées. L’image des Romains assimilés à des loups correspond à la perception d’une avidité de conquête sans frein, qui représente aussi aux yeux de certains auteurs une limite du pouvoir de Rome, dans la mesure où la multiplication des conquêtes rend l’empire difficile à pacifier et à contrôler. Nombreux sont par ailleurs les auteurs qui réfléchissent aux limites tant spatiales que temporelles de l’empire romain. Le programme énoncé dans l’Enéide – « je leur donne un empire sans fin » – n’allait pas de soi…

La réflexion des auteurs anciens sur les limites ou les faiblesses de l’empire peut également être d’ordre moral (lorsque l’on pointe du doigt la corruption des gouverneurs ou la disparition de certaines vertus romaines, en particulier suite à l’ouverture de la société romaine à des populations d’origines diverses), d’ordre religieux (en lien avec la négligence des cultes traditionnels, ou par la suite, quand l’empire sera chrétien, avec le développement des hérésies), voire d’ordre métaphysique si l’on pense par exemple à une tradition du judaïsme rabbinique qui affirme que le pouvoir de Rome se renforce chaque fois qu’Israël pèche, mais qu’il décroit lorsqu’Israël se repent et pratique les commandements divins.

Une question connexe, sous-jacente tant à celle des spécificités qu’à celle des limites du pouvoir de Rome, est celle de la légitimation de l’imperium romanum. C’est pour légitimer ou non la domination romaine que, de Polybe à Orose, on argumente sur la supériorité théorique ou pratique du pouvoir romain, ou encore que, dans les sources romaines, on exalte la pietas exceptionnelle des Romains. Mais c’est aussi pour contester la domination romaine que d’autres cherchent à pointer du doigt les travers propres aux Romains ou les limites de leur pouvoir.

Colloque international du programme ERC Judaism and Rome en collaboration avec l’École Française de Rome