Tricarico (Italie)

Les grandes civilisations de l’Antiquité, Rome ou la Grèce, sont célèbres pour leurs villes, leurs temples et l’ensemble des monuments urbains ; les populations de l’intérieur de la Péninsule italienne, comme les Lucaniens ou les Samnites, ennemis acharnés de Rome, sont en revanche trop souvent considérées comme essentiellement rurales. Pour contredire cette vision misérabiliste d’un Mezzogiorno indigène sous-développé, qui s’opposerait à la munificence de Rome ou des cités de Grande Grèce (Tarente, Métaponte, Paestum), l’École française de Rome conduit, depuis 1988, en collaboration avec le Centre Jean Bérard, le CNRS et plusieurs Universités françaises, un programme de recherche sur les agglomérations des Lucaniens, centré sur la commune de Tricarico, sous la direction d’Olivier de Cazanove (Université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne).

La fouille du site de Civita di Tricarico a permis de mettre au jour la plus vaste agglomération lucanienne, fondée vers le milieu du IVe s. av. J.-C., qui s’étend sur 47 ha et d’étudier les éléments qui la composent : un triple circuit de murailles, deux temples, dont l’un d’Athéna, décorés de trophées d’armes, des îlots d’habitations avec des maisons à cour. Les prospections géophysiques et les photographies aériennes indiquent que ces îlots, séparés par des espaces vides peut-être destinés à abriter les troupeaux en cas de danger, étaient organisés le long d’axes de circulation réguliers, ce qui permet de considérer ces agglomérations comme des modèles locaux de villes, alternatifs par rapport aux canons urbanistiques grecs et romains.

Depuis 2013, l’équipe de recherche a entamé des prospections sur les territoires alentours et repris la fouille de l’autre grande agglomération lucanienne de Tricarico, Serra del Cedro, où l’occupation commence dès le VIe s. av. J.-C., avec la présence d’une riche nécropole, et se poursuit jusqu’au IIIe s. av. J.-C., avec un ensemble de maisons et de fours de céramiques et de forges.

 

 

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